Richelieu, l'histoire d'une élégance marseillaise       

          L’histoire de Richelieu se confond avec celle de sa ville, Marseille. Nous sommes à l’aube du 20ème siècle, et tout commence dans ce creuset foisonnant de la Belle Epoque qui vit éclore des dynasties d’industriels et commerçants, l’époque des automobiles Turcat-Méry et du Pont Transbordeur. Portée par cette énergie d’entreprendre, la famille Faure installe alors son atelier de confection d’espadrilles dans le quartier de Saint-Antoine. Cet atelier devient rapidement une usine de  fabrication de chaussures, et de la création la famille Faure se lance dans la distribution. C’est en 1920 que Marie-Rose, la fille de la famille, ouvre sa première boutique de vente de chaussures, la boutique « Faure », au 115 rue de Rome. Ce fut le premier acte.

L’acte deux naîtra de la rencontre de Marcelle Faure, la fille de Marie-Rose, avec Emmanuel Aznar. Et là encore, Marseille ne put s’empêcher de laisser son empreinte, comme un sourire et un clin d’oeil,  à cette rencontre. Emmanuel Aznar est un footballeur de talent. Deux fois champion de France avec l’Olympique de Marseille, international français, il détient notamment ce record d’être le seul joueur à inscrire 9 buts sur un match en championnat de France, 9 buts magistralement placés en 66 minutes, avant d’être contraint de quitter le terrain pour cause de blessure. Cette énergie débordante, Emmanuel Aznar la consacrera, après son mariage, à l’essor des boutiques de son épouse. Dans cette période de l’après-guerre, plusieurs magasins à l’enseigne Aznar voient le jour au centre-ville, pour le plus grand bonheur des Marseillais qui se retrouvent aussi dans un nom et une saga familiale qui les accompagnent et leur parlent depuis des années.

Mais l’aventure est loin de son terme et 1965 en marque l’acte trois. A cette date, le fils d’Emmanuel Aznar, Robert, artistiquement conseillé par son épouse France, prit le parti d’orienter la marque sur des produits de luxe et de grande qualité. Les chaussures Aznar deviennent Richelieu, par référence au modèle classique et habillé du soulier se portant avec costume, et son navire amiral sera situé au 43 rue Saint Ferréol, emplacement qu’il n’a jamais quitté depuis. Le chausseur est alors le premier à commercialiser des marques prestigieuses, italiennes,  françaises et internationales, telles que Fratelli Rossetti, Maud Frizon, Thierry Mugler, Sonia Rykiel, Paul Smith, puis Prada, Christian Dior, Gucci, Yves Saint Laurent, Balenciaga, Alexander McQueen et tant d’autres. Le succès est immédiat. La qualité de la sélection, celle de l’accueil, et cet indicible sentiment de participer à une histoire marseillaise, d’entrer dans un lieu qu’ont fréquenté plusieurs générations, d’adhérer à une identité, ont précisément répondu aux besoins et aux attentes des clients, qui viennent en nombre, et bien au delà des frontières de la ville. Marque d’une consécration, la boutique a le plaisir de recevoir, régulièrement, des artistes et personnalités de renom, dont certains ont même eu l’amabilité de la faire vivre et l’évoquer au détour d’une phrase ou d’une chanson.

Aujourd’hui, l’état d’esprit de cette entreprise familiale n’a pas changé et l’exigence en reste l’idée force. Agnès Aznar, la fille de Robert et petite-fille d’Emmanuel, a lancé l’acte quatre de la boutique : le déploiement de Richelieu par l’installation de plusieurs points de vente dans les magasins Printemps. Ainsi, la marque affirme désormais sa présence à Cagnes-sur-Mer, Toulon et dans une seconde boutique à Marseille aux Terrasses du Port.

Ce développement, qui n’est encore qu’une étape de plus dans l’histoire du chausseur, s’est fait sans rien céder de son âme et de ce qui en fit la réputation, le choix des meilleurs modèles, l’esthétique et le sens de la mode. Sans en oublier l’essentiel non plus, ce parfum de tradition qui flotte et perdure, celui d’une Marseille élégante, vivace et distinguée.